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Une déclaration pour préserver les droits des paysannes et des paysans

Sous l’égide de la Via Campesina, une déclaration sur les droits des paysannes et des paysans, à soumettre à la commission des droits de l’homme des nations Unies, est en cours d’élaboration depuis plusieurs années. Son objectif est de faire reconnaître et de protéger le paysannat mondial. Les rédacteurs ont recueilli les attentes des caravaniers vis-à-vis du projet de déclaration, le 10 mars à Bamako.

« Malgré l’arsenal juridique international qui existe, nous constatons que les paysans sont insuffisamment protégés. C’est pourquoi nous exigeons de l’ONU une déclaration qui prenne en compte les spécificités des paysans et des travailleurs du monde rural », déclare Ndiakhat Fall, un paysan Sénégalais, membre du Conseil National de la Via Campesina. La proposition de déclaration est le fruit de concertations commencées depuis 2004 entre la Via Campesina, la Marche mondiale des femmes, la Fédération mondiale des pêcheurs, des éleveurs et d’autres organisation de défenses des droits humains. Pour ces initiateurs, les droits spécifiques des paysans concernent aussi bien l’accès à la terre et aux ressources naturelles, à la justice, à l’information, aux semences paysannes mais aussi les droits de la femme rurale.

La déclaration se veut un document inspirée des préoccupations des masses paysannes. C’est pourquoi les rédacteurs ont profité de la caravane ouest-africaine pour la terre, l’eau et les semences paysannes pour la présenter aux caravaniers. Pour les paysans de l’Afrique de l’Ouest cette déclaration est indispensable pour assurer leur survie. La plupart des pays de la région, poussés par la Banque Mondiale, adoptent des mesures favorisant les accaparements des terres et des ressources naturelles par des investisseurs privés au détriment des communautés rurales. Les Etats entendent s’inspirer de l’exemple des grandes exploitations industrielles agricoles en occident pour doper l’économie rurale. Cette politique est à l’origine des expropriations foncières, des accaparements de l’eau et des semences locales. Les caravaniers ont saisi l’occasion pour exprimer leurs préoccupations à prendre en compte dans la version finale du document. Ils réaffirment leur refus de la marchandisation des terres rurales et des ressources naturelles. « Les politiques ne voient pas les mutations sociales. Les dirigeants ne se soucient pas des masses populaires paysannes. La seule valeur qui a de l’importance aux yeux de nos autorités c’est l’argent. Il ne faut pas que nous nous laissions faire sinon c’est nous qui allons périr », s’exclame Ibrahim Coulibaly, Président de la Coordination nationale des Organisations Paysannes du Mali.

Partout dans le monde les paysans, les éleveurs, les pêcheurs et les autres travailleurs du monde rural sont confrontés à des violations répétées de leurs droits fondamentaux. Ils sont les plus fortement frappés par la pauvreté. Selon un rapport de 2011 du Fonds international de développement de l’agriculture (FIDA), 800 millions du milliard d’humains affectés par la pauvreté sont des paysans, des travailleurs agricoles, des pêcheurs et des bergers. Les femmes et les filles constituent 70% de cette frange. Pour les femmes rurales d’Afrique de l’ouest, la déclaration doit mettre en avant leurs droits à la propriété foncière et l’accès équitable aux autres ressources naturelles. « Nos coutumes ancestrales excluent les femmes de la propriété foncière », affirme Alimata Traoré, présidente de la Convergence des Femmes pour la Souveraineté Alimentaire (COFERSA) du Mali. « Malgré des lois favorables aux femmes, poursuit-elle, l’application n’est pas effective. Nous avons besoin d’un instrument juridique plus fort. Il faut que la déclaration soit sensible à nos préoccupations ». L’objectif de la déclaration des droits des paysans est de mettre fin à toutes les violations et sécuriser les paysans. « Cette déclaration vient compléter les textes juridiques existants pour permettre aux paysans de s’épanouir sur le plan économique et social ; mais de s’épanouir surtout dans son territoire » précise, Ndiakhat Fall.

Cependant, l’adoption de la déclaration des droits des paysans butte contre l’hostilité de l’Union Européenne et des Etats –Unis. Les pays occidentaux considèrent avoir réglé l’accès à la terre en faisant de la terre un bien marchand. C’est pourquoi la Via Campesina mène un plaidoyer actif auprès des pays occidentaux pour qu’ils comprennent qu’ils sont aussi concernés par la lutte. « Des études montrent que chaque jour une exploitation familiale disparait en Europe. Il faut qu’ils comprennent que cette déclaration pourra leur faciliter l’accès à la terre », explique M. Fall.
Les porteurs de la déclaration promettent accentuer aussi la pression sur les dirigeants africains. Ils comptent pour cela sur les plateformes des paysans au niveau national. « Il faut faire pression sur nos Etats pour qu’ils ratifient cette déclaration. Sans leur implication nous n’arriverons à rien » prévient Ibrahim Coulibaly. En Mai, il est prévu une consultation décisive entre les différents partenaires pour améliorer le texte et adopter des plans de plaidoyer nationaux à l’endroit des gouvernants. Le document consensuel obtenu après cette concertation sera acheminé au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies pour adoption.

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