// Vous lisez...

Actualités

Mobilisation des grands jours et une longue liste de doléances

De Ouagadougou à Sikasso en passant par Houndé et Bobo-Dioulasso, depuis le début de la caravane pour la terre, l’eau et les semences, les populations se sont mobilisées pour écouter les messages de la caravane et surtout transmettre leurs préoccupations. C’était le cas à Soundgalodaga, dans l’Ouest du Burkina Faso, où plusieurs centaines de personnes sont sorties accueillir les caravaniers.

PNG

Dimanche 6 mars 2016. La chaleur est particulièrement étouffante en milieu de journée à Soundgalodaga, dans l’Ouest du Burkina Faso. Malgré cela, près de 500 personnes, hommes, femmes et enfants sont réunies à la place du village pour attendre la caravane ouest-africaine pour la terre, l’eau et les semences. Un jour spécial pour tout le village. Visiblement personne ne veut se faire conter. La preuve, malgré un long retard de trois heures qu’accusent les deux bus jaune et bleu qui conduisent les caravaniers, la foule ne se disperse pas à Soundgalodaga.

Au bout de plusieurs heures d’attente, les deux bus finissent par apparaître dans le village en provenance de Bobo-Dioulasso. « Nous vous attendons depuis 5 heures de temps et s’il fallait vous attendre toute la journée nous l’aurions fait », dit d’entrée, le porte-parole de la communauté. Ils ont un message important à transmettre à la caravane. « Nous avons un sérieux problème depuis la construction du barrage. Nous n’avons plus de terres ni pour construire ni pour cultiver. Il faut le fassiez savoir aux autorités », poursuit-il. Le village de Soundgalodaga est habité majoritairement par des paysans expropriés de leurs terres par le Programme de Développement Intégré de la vallée de Samendéni (PDIS). Le PDIS est un programme gouvernemental visant à impulser le développement par la création d’un barrage hydro-électrique d’une puissance de 16,8 GWH. La construction du barrage a englouti 8 et causé le déplacement de 40.000 personnes. Le PDIS prévoit également l’aménagement de 24.000 hectares de terres cultivables. Mais les paysans craignent d’être lésés au profit d’investisseurs plus nantis, lors de la distribution des terres aménagées. Ils ont demandé à la caravane de plaider leur cause auprès des autorités nationales et sous régionales. Des doléances de ce genre, la caravane a en été l’objet tout le long du trajet.

A Houndé, premier arrêt après le départ de Ouagadougou, ce sont près d’une centaine producteurs de coton en colère contre Monsanto qui ont accueilli la caravane. Se sentant dupés par la firme américaine. Monsanto leur promettait de meilleurs revenus avec le coton BT. Au final, ils s‘en sortent avec d’importantes pertes. « Nous voulons que vous nous accompagnez dans le combat que nous entamons contre Monsanto. Nous voulons demander réparation à Monsanto pour les années de pertes qu’on a enregistrées », a clamé Mohamed Traoré, un producteur. Les producteurs ont exhorté les caravaniers à mettre en garde les producteurs des autres pays homologues contre les méfaits des du coton génétiquement modifié.

A Sikasso, près de 150 paysans et paysannes membres du Comité ouest-africain des semences paysannes (COASP) et de la convergence des femmes pour la souveraineté alimentaire (COFERSA) se sont mobilisés pour faire un plaidoyer visant la préservation des semences paysannes considérées comme gage de la souveraineté alimentaire. « Nous devons tout faire pour garder la maîtrise de nos semences sinon nous allons tout perdre. Que laisserons-nous à nos enfants ? Ils seront esclaves des firmes étrangères », prédit M. Koné de la COASP.

Dans toutes les localités traversées, les femmes sont sorties en masse pour exposer leurs préoccupations concernant l’accès à la terre et aux moyens de production. Elles dénoncent la non prise en compte de leurs préoccupations spécifiques par les programmes de développement. Jusqu’à présent les femmes ont du mal à devenir propriétaire foncier à cause de leur faiblesse économique et des pesanteurs sociales qui veulent que n’hérite pas terre comme l’homme. « Si vous n’avez pas encore inscrit le droit des femmes à accéder à la possession foncière et aux moyens d’exploitation, je vous exhorte à le faire car nous les femmes nous souffrons beaucoup », a clamé Mme Traoré de la convergence des femmes pour la souveraineté alimentaire COFERSA. La COFERSA joue aussi un rôle important dans la conservation des semences paysannes. Cette organisation, collecte et multiplie les semences locales dans son propre champ de 4 ha. La COFERSA compte à ce jour une quarantaine de variétés de semences locales.

Nourou-Dhine Salouka

Commentaires

Pas de Message