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Main basse sur l’eau et les ressources halieutiques d’Afrique de l’Ouest

Moins médiatisé que l’accaparement des terres, le phénomène de l’accaparement de l’eau et des ressources halieutiques va grandissant dans les pays d’Afrique de l’ouest. La caravane pour la terre, l’eau et les semences qui a sillonnée l’Afrique de l’ouest du 3 au 19 mars 2016, a permis de mettre en avant cette menace qui affecte au quotidien des millions de petits producteurs.

« L’accaparement de l’eau est très subtile car derrière chaque accaparement de terre se cache une forte envie de contrôler l’eau que recèle la terre. L’accaparement de l’eau c’est la même chose que l’accaparement de la terre », constate Ousmane Barké Diallo, de l’Association des Organisation Professionnelles Paysannes du Mali (AOPP). L’eau est nécessaire pour toutes les activités de production : agriculture, élevage, industrie… C’est pourquoi le premier réflexe des investisseurs est contrôler l’eau ; souvent au détriment des populations. A Houndé au Burkina Faso, la compagnie minière Houndé Gold qui débutera son exploitation en cette année 2016, prévoit la construction d’un barrage. Mais elle a déjà prévenu les populations qu’elles n’auraient pas accès à l’eau du barrage. « Houndé Gold prévoit construire un barrage autour d’un point d’eau où on fait du maraîchage depuis plusieurs décennies. Une fois le barrage construit, ce sera la mort des maraîchers car il sera un bien privé qui ne servira qu’à la mine », regrette Brahima Diabaté, de l’organisation démocratique de la jeunesse (ODJ).

Tout comme les maraîchers de Houndé, ceux de Damnadio sont en passe de perdre perdre leur activité. La faute l’entreprise DANGOTE SA qui pompe une grande partie l’eau du lac pour refroidir ses machines. DANGOTE SA est une usine de fabrication de ciment. La cimenterie est une filiale du groupe DANGOTE, propriété du richissime homme d’affaires nigérian, Aligo Dangote. Pour répondre à son important besoin en eau, l’usine a installé 5 forages d’une capacité de pompage de 80 m3 heure chacun. Au total 4500 m3 qui sont prélevés par jour. Les maraichers sont les premiers à souffrir de la situation. Mais à long terme, c’est l’approvisionnement en eau potable de la ville de Dakar qui est en jeu. « DANGOTE SA prélève par an 15 millions de m3 par an. Déjà les maraichers ont dû pour certains abandonner leur activité par manque d’eau. Si rien n’est fait c’est Dakar qui sera assoiffé car une partie de son approvisionnement en eau potable est prélevée ici », analyse, Moussa Fall, un producteur de Damniadio. Certains maraîchers se sont convertis en ouvriers. D’autre par contre ont quittés la région en quête de nouvelles terres.

Les éleveurs subissent également l’impact de l’accaparement de l’eau du lac. Le lac est pour eux le seul véritable point où le bétail peut s’abreuver convenablement. M. Fall préconise, pour un bon partage de l’eau, que l’entreprise utilise l’eau de mer pour la ventilation. La chance que cette solution soit mise en pratique est très minime.

Des histoires semblables, les caravaniers en ont entendu parler par dizaines. C’est pourquoi, ils ont tenu à attirer l’attention des autorités sur ces situations qui tendent à se banaliser en Afrique de l’ouest. Si rien n’est fait pour endiguer ce phénomène, cela mettra en péril les équilibres socio-économiques et les modes de vie des petits producteurs ruraux ouest-africains.

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