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Les aides ménagères les victimes méconnues de l’accaparement des terres

Victimes d’accaparement des terres, des fillettes de plus en plus jeunes sont envoyées en ville pour devenir des aides ménagères vivant dans des conditions difficiles. Le peu qu’elles gagnent est envoyé au village pour soutenir les parents. C’est pour que les acteurs prennent conscience du phénomène que l’association de défense des droits des aides ménagères et domestiques (ADAD) participe à caravane pour la terre, l’eau et les semences.

En ce jeudi 10 mars 2016, au stade du 26 mars de Bamako, la Convergence malienne contre les accaparements de terres (CMAT) tient sa rencontre annuelle des « sans terres ». Cette rencontre est une tribune d’expression paysanne sur les méfaits causés par l’accaparement des terres et les stratégies de lutte appropriées. Dans l’assistance qui a pris d’assaut les gradins, se mêlent pêle-mêle paysans, éleveurs, transformatrices de produits agricoles, organisations de producteurs. Mais en ce jour, de « drôles » de participantes attirent l’attention de tous. Retranchées derrières les buts, tel un kop de supporters, une quarantaine d’aide-ménagères, toutes portant le T-shirt de l’ADAD, suit religieusement les témoignages des victimes de l’accaparement des terres.
Cette présence remarquée peut paraître incongrue tant à priori, le sujet des échanges ne les concerne pas. Trompeuse apparence, les aide ménagères sont tout aussi affectées que les paysans. « Les aides ménagères sont les premières victimes de l’accaparement des terres. Les paysans spoliés sont nos pères, nos mères, nos frères et sœurs », raconte Sitan Fofana, la président d’ADAD Mali. Devant la précarité des conditions de vie dans les campagnes, la ville se présente comme un refuge salutaire pour les filles. Le départ en ville est vécu avec une profonde tristesse. « C’est à contrecœur que nous quittons nos villages à cause des accaparement des terres et des eaux. Avant nous travaillons dans les champs avec nos parents et nous faisions du maraîchage pour subvenir à nos besoins », regrette Sitan. Mais l’espoir d’une vie meilleure et la possibilité de venir en aide aux parents demeurent les seuls réconforts.

Une fois en ville, les filles déchantent. Sans qualification, elles se retrouvent à faire de petits boulots ménagers. Les aides ménagères cumulent souvent plusieurs fonctions : domestiques de maison et vendeuse ambulantes pour le compte de leurs employeurs. Les journées de travail dépassent facilement 12 heures au quotidien. Elles n’ont pas non plus droit à la journée de repos règlementaire par semaine. A la fin du mois, les aides ménagères reçoivent un salaire dérisoire. « Nous travaillons comme des bêtes de somme pour des salaires misérables. Nos salaires sont compris entre 5.000 et 10.000F CFA. Pourtant, la loi malienne dit que nous avons droit à au moins 21.936F CFA », confie la présidente. La précarité pousse de nombreuses filles à tomber dans la prostitution. Les moins chanceuses contractent des grossesses indésirées ou des maladies sexuellement transmissibles.

C’est dans le but de faire connaître cette face cachée des effets négatifs des accaparements des terres qu’ADAD prend part à la caravane pour la terre, l’eau et les semences paysannes. « Nous espérons que notre voix sera entendue à travers cette caravane afin améliorer le sort des aides ménagères », lance Zeinabou Compaoré, présidente d’ADAD au Burkina. Mais pour son homologue malienne, la solution durable réside dans la fin des accaparements de terres. « Personne ne veut quitter les siens pour vivre un cauchemar. Nous sommes plus heureuses en campagne avec nos parents et nous réclamons le droit d’y rester et de travailler la terre », a conclu Sitan Fofana.

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