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Les APE sont un danger pour la souveraineté alimentaire

Signés entre l’Union Européennes par la quasi-totalité des pays d’Afrique de l’ouest, les accords de partenariats économiques vont ouvrir les frontières des pays de la CEDEAO pour permettre aux produits européens de concurrencer ceux de la zone Afrique de l’Ouest. Ces accords pourraient à termes tuer l’agriculture en Afrique de l’ouest.
Guy Marius Sagnan

« Les accords de partenariats économiques (APE) n’offrent aucun avantage aux pays d’Afrique de l’ouest. Au contraire, ce sont des accords qui risquent d’avoir des effets plus néfastes que les programmes d’ajustements structurels appliqués dans nos pays à partir de la fin des années 70 », lance Guy Martius Sagnan, coordinateur de la coalition nationale « Non aux accords de partenariats économiques ». C’est avec cette conviction que la coalition mène une farouche lutte contre les APE dont la l’application est prévue pour octobre prochain. Les APE sont des accords de libre-échange négocié entre l’Afrique de l’Ouest et l’Union Européenne (U E). Ces accords sont la concrétisation de d’une des principales théories de l’Union Européenne qui affirme que : « le commerce est le développement ».

Les Européens vont donc œuvrer à faciliter la commercialisation de certains produits d’Afrique de l’Ouest dans leur espace. Jusqu’en 2000, dans le cadre des conventions de Lomé avec les pays l’Afrique, des Caraïbes et du pacifique, l’UE accordait aux exportations d’Afrique de l’Ouest un accès presque totalement libre au marché européen, pour contribuer à son développement grâce au commerce. De leur côté, les Etats d’Afrique de l’ouest n’avaient aucune obligation d’offrir ces mêmes avantages à l’UE. Mais ces préférences commerciales unilatérales sont contraires aux règles de l’organisation mondiale du commerce (OMC) adoptée en 1994. L’OMC prévoit, en effet, la possibilité de créer des zones de libre-échange, par exemple entre l’UE et l’Afrique de l’ouest, ce qui implique que les préférences deviendraient réciproques et que l’Afrique de l’Ouest devrait offrir un traitement préférentiel à l’Union Européenne. Les APE sont présentés comme le moyen pour se conformer avec les règles de l’OMC. L’Union Européenne fait pression pour que les exécutifs africains adoptent d’ici à octobre 2016, l’application provisoire des APE.

Pourtant, l’application des APE fragilisera considérablement l’Afrique de l’Ouest. Le manque à gagner consécutif à l’abandon des droits de douanes est colossal. Selon les calculs du Centre Sud25, l’Afrique de l’ouest perdrait plus de 746 millions d’euros par an de recettes fiscales pour les produits qui seront libéralisés 5 ans après l’entrée en vigueur de l’APE et près d’1,9 milliard d’Euros par an au bout de 20 ans.
L’UE, la grande gagnante des accords pour se donne bonne conscience propose de donner des compassassions. Les montants proposés sont loin de satisfaire la société civile africaine. « Dans le cadre de ce qu’ils appellent le programme d’appui pour le développement (PAPED), l’UE promet de donner à l’Afrique 6,5 milliards d’euros sur 5 ans. Déjà cette promesse montre qu’il va y avoir des problèmes car si les APE étaient bénéfiques, il n’y aurait pas besoin de faire des compensations », analyse Guy Marius. « La part du PAPED du Sénégal est évalué à 575 milliards de francs CFA, mais ce que le Sénégal va perdre en terme de recettes douanières du fait de l’application des APE ce sera 75 milliards de francs FCA la première année. A partir de la vingtième année ce sera 240 milliards de francs CFA par an. Nous ne pouvons pas comparer ces pertes annuelles avec l’insignifiante somme de compensation », poursuit-il.

L’agriculture aussi sera affectée par les APE. Certaines filières comme l’élevage du bétail et l’aviculture seront menacées et pourraient à terme disparaître. Il y aura beaucoup de perte d’emplois dans les zones rurales. « Le kilogramme de poulet sénégalais revient à 1700F CFA alors que le kilogramme du poulet européen ne coûte que 530F CFA. Les producteurs sénégalais ne résisteront pas à une telle concurrence », constate médusé M. Sagnan. Pour le militant, il convient de fédérer les énergies pour refuser les APE qui sont une menace contre la souveraineté alimentaire. « Les APE vont assassiner notre agriculture si nous ne faisons rien. Notre alimentation sera entre les mains des Européens. L’agrobusiness international reviendra accaparer nos terres et transformer nos paysans en ouvriers agricoles sur leurs propres terres », prévient-il. Les APE prévoient également la libéralisation du droit de propriété intellectuelle. Ce qui pourrait ouvrir la voie au brevetage des semences africaines par des firmes européennes.

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