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Immatriculer pour mieux s’en accaparer

Poussés par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI), plusieurs pays d’Afrique de l’ouest se sont engagés dans des processus de réforme foncière pour disent-ils mieux sécuriser les propriétaires. Cependant, les organisations paysannes craignent au contraire que les immatriculations ne facilitent les accaparements de terres rurales.

Burkina, Sénégal, Sierra Leone, Mali… Les réformes foncières se succèdent à un rythme effréné dans les pays d’Afrique de l’ouest. L’objectif avoué par les autorités est l’immatriculation les terres rurales. Les autorités espèrent ainsi éliminer les conflits fonciers et mettre les paysans à l’abri des spéculateurs en leur délivrant des titres fonciers. Cette thèse est battue en brèche par les organisations paysannes. Pour les organisations paysannes, cette soudaine envie de sécuriser les ruraux dans les différents pays cache en réalité une volonté de libéraliser le secteur agricole africain. Elles sont convaincues que les institutions de Breton Woods sont les vraies instigatrices des réformes. « Le processus de réforme foncière est un processus global encouragé par la Banque mondiale et certaines institutions de Breton Woods qui demandent à nos Etats de réviser leurs lois foncières pour permettre aux investisseurs d’acquérir des terres qui sont supposées mal exploitées voire inexploitées par les populations », avance Sidy Ba, membre de la commission nationale droit à la réforme de la terre.

Pourtant, les terres dites vacantes sont le plus souvent réservées à l’élevage. Prendre ces terres consisterait à condamner les pasteurs à disparaître. « Toutes les terres qui ne sont pas à vocation agricole ici sont à vocation pastorale. Nous avons un mode d’élevage différent de ce qui est fait en occident. Nos grands espaces servent à mener l’élevage », poursuit Sidy Ba. Les réformes encouragées par les institutions de Breton Woods exhortent les pays à faciliter les investissements privés pour mettre en valeur les terres inoccupées par les exploitations familiales. Ces institutions font pression pour que les gouvernements adoptent l’agrobusiness comme moyen de croissance agricole. Elles encouragent aussi la création de pôle de croissance dont l’exploitation est réservée aux plus riches.

Les caravaniers de la convergence ouest-africaine des luttes pour la terre, l’eau et les semences reprochent aux différents processus leur volonté de faire de la terre un produit marchand. « La première erreur de tous les processus de réformes foncières en cours dans nos pays est de considérer la terre comme un bien marchand. Cela ouvre la porte à toutes sortes de spéculations futures », dénonce Massa Koné, le porte-parole de la caravane ouest-africain pour la terre, l’eau et les semences paysannes.

Les organisations paysannes redoutent que la délivrance de titre de propriété individuelle ne fasse paradoxalement l’affaire des spéculateurs. Ils pourront ainsi s’accaparer des terres une par une de façon légale. « La réforme foncière promue au Burkina Faso n’a d’autre objectif que d’encourager la dépossession légale. On encourage les paysans à utiliser le titre foncier comme garantie à la banque ; on les endette et on récupère tranquillement leurs terres », renchérit Ousmane Tiendrébéogo, secrétaire général du Syndicat National des Travailleurs de l’Agropastoral (SYNATAP).
S’ils sont contre les titres individuels, les paysans ils sont conscients cependant de la nécessité de sécuriser leurs domaines. C’est pourquoi, ils préconisent des titres collectifs en lieu et place des titres individuels. « Depuis toujours nos communautés ont su gérer leurs terres de façon collective sans avoir besoin de titres de propriété individuelle. Le titre collectif protège mieux contre les ventes sauvage », explique Sidy Ba. Les caravaniers exhortent les Etats à adopter ce principe du titre collectif et à retirer la terre des produits marchands. « Il faut que les dirigeant cessent de courir derrière l’argent et d’être vraiment des politiciens soucieux des plus pauvres », supplie Ousmane Tiendrébéogo.

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