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Halte à la criminalisation des défenseurs des droits de l’homme !

Plusieurs défenseurs des droits humains s’opposant à l’assaut du capitalisme privé mondial, visant à s’accaparer des ressources foncière, halieutique, naturelle et semencière des paysans du sud sont la cible de toutes sortes de persécutions. Malgré les multiples harcèlements, les défenseurs sont prêts à courir le risque convaincus de la noblesse de leurs luttes.

Sit-in devant le commissariat de Kaolack pour exiger la libération de Sydi Ba
Intimidations, emprisonnement et meurtres. La machine répressive du capitalisme international ne connaît pas de limite quand il s’agit d’éliminer les obstacles qui se dressent devant lui. Rien ne doit contrarier son objectif : exploiter les ressources où qu’elles soient au mépris des droits des populations, légitimes propriétaires. Pour exécuter leurs basses besognes, les agents de l’impérialisme capitaliste peuvent compter sur le soutien des Etats dociles qui privilégient le plus souvent l’argent au bien-être de leurs populations. Dans ce contexte, les défenseurs des droits de l’homme sont vus comme des ennemis à faire taire à tout prix. Les histoires d’emprisonnement sont légion. La dernière en date qui émeut toute la société civile africaine se passe en Sierra Leone. Six paysans de la région de Malowa sont embastillés depuis le 5 février 2015. La raison : la destruction de plantations de palmiers à huile appartenant à SOCFIN/Bolloré, un conglomérat franco-belge. Pourtant, les terres ont toujours appartenues aux paysans. Mais par un frauduleux stratagème avec la complicité des autorités, l’entreprise a réussi à acquérir des titres officiels de propriété sans que les communautés locales n’aient été consultées. « En Sierra Leone l’Etat C’est qui est à la base des accaparements des terres. Il s’arrange avec les investisseurs sans consulter les paysans. Dur jour au lendemain, on se retrouve en face d’exploitants étrangers avec des papiers en règles », se plaint Zeinab Kamara, la présidente des femmes affectées par l’accaparement des terres dans le district de Dombasle, en Sierra Leone.

Signature de la lettre ouverte au président Sierra Léonais par un caravanier du Niger

Après le saccage des plantations, les paysans ont été condamnés à des peines privatives de liberté et de fortes amandes financières. « La justice a condamné nos collègues à payer à chacun 60 millions de Leone (Ndlr 13 262 euros) de dommages et intérêts avant d’être libéré. La société civile a fait une quête mais nous ne pouvons pas réunir une si grande somme donc ; ils sont toujours emprisonnés », regrette-elle. Les paysans spoliés n’ont aucun recours. L’Etat voit d’un mauvais œil l’action des défenseurs des droits paysans. « Les défenseurs des droits humains sont en insécurité ici à cause des lois qui sont favorables aux riches investisseurs étrangers. Réclamer ses droits, c’est prendre d’énormes risques », affirme Zeinab Kamara. Au début de caravane, les caravaniers ont rédigé et signé une lettre ouverte, le 04 mars, adressée au président de la république sierra-léonaise pour demander la libération sans délai des paysans. Mais jusqu’à la fin de la caravane le 19 mars, les paysans croupissaient toujours en prison.

La Sierra Leone n’est pas un cas isolé. Les dirigeants de la Convergence malienne contre les accaparements de terres (CMAT) sont aussi passés par la case prison. Il a été reproché l’organisation de marches non autorisées. « A l’issue d’une marche pour que nous soient rétrocédées nos terres accaparées, tout le bureau exécutif a été conduit au poste de Police. Mais après plusieurs jours de forte mobilisation des paysans de tout le pays qui ralliaient Bamako, ils ont pris peur et nous ont relâchés », se souvient Moussa Coulibaly, membre du comité technique de la CMAT.

Même les pays réputés pour être des Etats démocratiques cèdent aussi à l’intimidation. C’est le cas du Sénégal où la Police a failli perturber la marche de la convergence des luttes pour la terre, l’eau et les semences organisée, pendant le passage de la caravane ouest-africaine à Kaolack. Alors que la marche avait été autorisée par le préfet, Sidy Ba, le responsable de l’organisation a été brièvement interpellé pour « organisation d’une marche illégale ». Sidy Ba ne trouva son salut qu’à la suite d’un sit-in improvisé par les caravaniers devant le commissariat.
Si en Afrique, l’heure est encore aux intimidations et aux peines privatives de liberté, en Amérique latine l’élimination physique est devenue la règle. Bertha Caceres, la coordonnatrice générale du conseil civique des organisations populaires et autochtones d’Amérique latine, a été assassinée chez elle, Le 03 mars dernier. Son seul tort étant de lutter pour le respect des droits des peuples autochtones. « Cet assassinat n’a d’autre but que de nous intimider. De nos jours, défenseur des droits humains est une espèce en danger », affirme Abdramane Traoré, un ami malien de la défunte. C’est pour protéger les paysans contre les persécutions de toutes natures que La Via Campesina et d’autres organisations proposeront aux Nations Unies l’adoption d’une déclaration sur les droits des paysannes et des paysans. Le projet de déclaration sera présenté à Génève en octobre 2016.

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