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Des femmes championnes de la préservation des semences locales

Elles collectent, conservent et multiplient des semences paysannes. Réunies au sein de la Convergence des Femmes pour la Souveraineté Alimentaire (COFERSA) créée il y a cinq ans, elles s’investissent dans la préservation de semences paysannes. Par ces actions, les femmes de la COFERSA veulent assurer la souveraineté alimentaire par le contrôle intégral des semences locales. La Caravane Ouest-Africaine pour la terre, l’eau et les semences a eu l’occasion de découvrir la méthode COFERSA. C’était à l’occasion de l’arrêt à Sikasso le 8 mars dernier.

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« De tout temps en Afrique, ce sont les femmes qui étaient chargées de la conservation des semences familiales. Nous ne faisons rien d’autre que de perpétuer cette pratique ancestrale pour demeurer maître de ce que nous mangeons » , confie Alimata Traoré, présidente de la Convergence des Femmes pour la Souveraineté Alimentaire (COFERSA).

La COFERSA est une vaste union de femmes composée de 33 coopératives comptant 3900 membres dans tout le Mali. Son siège est à Sikasso. Pourtant, la convergence des femmes n’a pas toujours été une union semencière. Les femmes transformaient des céréales et les produits agricoles qu’elles vendaient.

Mais la difficile conservation des céréales cultivées avec les engrais chimiques a convaincu la COFERSA à s’engager dans l’agro-écologie. « Nous avions constaté que nos produits transformés se conservaient mal dû aux produits chimiques utilisés lors de la production. Cela nous causait un grand manque à gagner », avoue Fatoumata Coulibaly, une transformatrice.

Avant de passer à l’agro-écologie, la convergence a acquis 20 hectares de terres. Elle a alors formé les femmes sur les exigences de l’agro-écologie. Les femmes ont appris à produire de l’engrais organique et des répulsifs à base de plante.

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Cette étape passée, les femmes procèdent au recensement et à la collecte des espèces céréalières locales. La stratégie de la COFERSA est infaillible ! « Nous sommes présentes quasiment dans tout le Mali grâce à nos coopératives. Cela nous facilite grandement la collecte des semences. Chaque coopérative est chargée de collecte les semences de sa région » explique Alimata Traoré.

Il arrive aussi que l’union échange ses semences contre d’autres variétés qu’elle ne possède pas encore. Cette démarche a permis à la COFERSA de recenser à ce jour près d’une quarantaine de variétés paysannes dont 19 variétés de Sorgho.

La dernière étape consiste à multiplier les semences. Cela se fait dans les champs de l’union. Une fois récoltées, les semences sont conservées dans des canaris, des gourdes et dans des greniers suivant les techniques ancestrales de conservations.

Pour l’heure, la COFERSA ne vend pas ses semences. « Nous sommes encore au stade de la multiplication. Quand nous aurons des semences en quantité suffisante, nous pourrons alors les mettre à la disposition des producteurs Maliens pour qu’ils s’affranchissent de l’achat des semences importées » affirme la présidente.

Pour la COFERSA, le combat de la souveraineté alimentaire ne peut se gagner sans la maîtrise des semences. Les femmes craignent qu’une fois les variétés locales disparues, les paysans ne soient à la merci des firmes qui les obligeront à acheter chaque année des semences brevetées. Les firmes sont les seules à savoir ce qu’elles mettent dans leurs semences. Il faut à tout prix éviter cela. « Nos grands-parents nous ont transmis un patrimoine génétique que nous devons transmettre à nos enfants, au risque de les transformer en esclaves soumis à la volonté de firmes productrices de semences », prévient-elle.

Nourou-Dhine Salouka

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