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Des craintes d’affrontements violents à cause de la construction d’un barrage

La mise en œuvre du Programme de développement intégré de la vallée de Samandeni (PDIS) principalement caractérisé par la construction d’un barrage à vocation hydroélectrique, agropastorale et piscicole, a occasionné le déplacement de 15 villages dans l’Ouest du Burkina Faso. Pourtant les conditions de relocalisation irritent à la fois les populations déplacées que leurs hôtes. A Soungalodaga, l’un des principaux villages hôtes, tous craignent des affrontements violents et exhortent les autorités à traiter avec diligence leur problème. C’est ce message qu’ils ont confié à la caravane ouest-africaine pour la terre, l’eau et les semences le dimanche 6 mars 2016.

Le Burkina Faso fonde de grands espoirs sur le barrage de Samendeni. Imaginé dans les années 70, le projet est en passe de se concrétiser avec le remplissage en eau prévu pour la mi-juin 2016. Le barrage est censé résoudre durablement le déficit électrique du pays en fournissant 16, 8 GWh par an. Il doit également renforcer l’agriculture irriguée et la pisciculture par l’aménagement de 20.000 hectares de terres. Toute la région ouest du pays durement marquée par la crise économique attend l’ouvrage pour donner un nouveau souffle au développement.

Pourtant, les villages directement concernés par la construction du barrage ne partagent pas le même enthousiasme. La construction du barrage de Samendeni a causé le déplacement de 40.000 personnes. A Soungalodaga, un village qui accueille des populations déplacées de 4 villages, on aurait voulu que le barrage ne vît jamais le jour. « Nous entendons partout dans le pays que les gens se réjouissent de la construction du barrage mais pour nous, ce barrage est est catastrophe. Une calamité qui va causer notre fin », se désole Mohamed Drabo, un paysan.

Une grande partie du terroir du village a été englouti par le barrage. Certains habitants ont presque tout perdu. C’est le cas de Berintigui Ouattara, un originaire de Soungalodaga. Il y a 10 ans, il reçoit de son père un champ de 20 hectares passé de pères en fils depuis plusieurs générations. Mais depuis 3 ans, il a du mal à nourrir sa famille ; la propriété s’étant réduite comme une peau de chagrin. « Le barrage a pris 15 de mes 20 ha. Comment nourrir les 40 personnes à ma charge avec seulement 5 ha ? » dit-il interrogateur.

En plus de voir leurs champs et maisons occupés par le barrage, les habitants de Soungalodaga doivent partager le peu qui leur reste avec les déplacés. Du jour au lendemain, le village a vu sa population se multiplier par 4, passant de 3000 à environ 12.000 habitants. La cohabitation entre les populations déplacées et leurs hôtes est tendue et empreinte de méfiances. « Entre migrants et autochtones c’est compliqué. Il y a souvent des prises de becs et je crains que ça ne débouche un jour sur des heurts sanglants », analyse craintif Issiaka Sawadogo, un migrant.

Les femmes aussi sont amères. La construction du barrage a causé la destruction de plusieurs milliers d’arbres dont elles tiraient des produits pour vendre et soutenir leurs époux. « Ils ont abattu tous les Néré et les Karité dont nous transformions les graines et amandes pour produire du soumbala (Ndlr : une épice à base des graines de l’arbre Néré) et du beurre de karité. Ce barrage a accru notre précarité », témoigne une femme.

Les populations ne décolèrent pas contre les montants des dédommagements. « J’ai construit ma maison à plus de 500.000 F CFA mais on veut me donner que 200.000 F CFA comme dédommagement. C’est une arnaque », s’offusque Berintigui Ouattara. Les paysans exigent que les montants soient revus à la hausse. S’ils ne gagnent pas satisfaction, les producteurs promettent de bloquer le remplissage du barrage. « Nous n’avons plus rien à perdre. Si la confrontation est la seule solution pour avoir satisfaction, alors nous irons à la confrontation », prévient Berintigui.
Nourou-Dhine Salouka

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