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A Wassadou, 5000 paysans à déguerpir à cause d’un titre foncier datant de l’époque coloniale

Déplacées une première fois pour créer un parc national, les populations de Wassadou sont menacées d’être expulsées 40 ans plus tard par un investisseur privé. Descendant d’un colon libanais, Gilbert Khayat brandit un titre foncier établi pendant la colonisation lui donnant la propriété sur 3100 hectares. Après avoir été débouté 2 fois par la justice, une cour supérieure lui reconnait la propriété des terres mettant ainsi à sa merci les 5000 paysans. Profitant du passage de la caravane pour la terre, l’eau et les semences, un panel a été organisé pour réfléchir sur la question.

En 2009, c’est littéralement le ciel qui est tombé sur la tête des populations de Wassadou à l’est du Sénégal. Cette année-là, une décision de justice les dépossédait de leurs terres au profit de Gilbert Ayate, un investisseur. La cour a reconnu comme document de propriété, un titre foncier établi en 1932, pendant la période coloniale, au nom du grand père de M. Khayat. Mariam N’Diaye, une productrice de 68 ans, fait partie des premiers occupants de Wassadou. A la proclamation de la décision de justice, c’est tout son monde qui s’est écroulé. « Je suis un veuve sans soutien. La terre est la seule chose que je possède pour survivre. Si on m’enlève ça que vais-je devenir ? », se plaint-elle.

Pourtant, rien ne présageait d’une telle issue. Les populations de Wassadou ont été installées par le gouvernement sénégalais en 1972. A l’époque, le pays qui voulait créer le parc naturel de Gnokolokoba à déplacer 4 villages à Wassadou, une vraie brousse à l’époque. Mariam se souvient encore des conditions difficiles dans lesquelles elle et ses parents ont été convoyés par l’Etat. « Nous avons été embarqué manu militari dans des camions pour bétail. Les conditions étaient si rudes qu’il y a eu des femmes enceinte qui ont fait une fausse couche », raconte la sexagénaire.
Envoyés dans une brousse sans aucune commodité, les déplacés ont dû tout bâtir de leurs propres mains. Ils buvaient l’eau des rivières. Mais à force de travailler, ils ont réussi à faire de la zone la première productrice de bananes du Sénégal. La vente des produits agricoles a permis à Wassadou de se développer.
Mais depuis la décision de justice en faveur de Gilbert Khayat, c’est le calvaire pour les 5000 paysans. M. Ayate exerce une forte pression sur les paysans. Des champs sont régulièrement saccagés. « Gilbert a envoyé des bulldozers saccager mes trois hectares de maïs en phase de maturation. Beaucoup ont subi la même mésaventure. Son objectif est clairement de nous affamer », analyse la sexagénaire.
Dans son entreprise pour affamer les paysans, M. Ayate a détruit aussi des plantations. Les femmes de Wassadou ont perdu 210 manguiers, 4 hectares d’eucalyptus et 2 hectares de jatropha. Pour mieux étouffer économiquement les paysans, M. Ayate a envoyé des bulldozers détruire la principale voie empruntée par les commerçant qui viennent enlever les productions des paysans. Il n’hésite pas non plus à expulser des familles avec la complicité des forces de l’ordre pour accentuer la pression psychologique. « Une fois en plein hivernage, Gilbert a expulsé une famille de 6 personnes. Heureusement, ils ont été recueilli par un voisin qui leur a donné une maison mais c’est très compliqué », affirme aux bords des larmes, Mariam.
Face aux persécutions, les paysans sont sans défense. Les marches pacifiques initiées ont été réprimées par la police. Beaucoup de paysans ont été emprisonnés. Seule la solidarité entre paysans et l’appui de certaines ONG permettent de tenir et de continuer à la lutte.

Ils accusent l’Etat d’être à la base du malheur des paysans. « En installant les paysans dans la zone, l’Etat savait très bien qu’il existait un titre foncier. C’est à lui de réparer les torts produits », avance Zakaria Sambakhé de l’ONG ActionAid. Ils exigent de l’Etat qui seul peut lever le titre foncier à le faire et dédommager le propriétaire. « Nous avons rencontrés M. Khayat et il n’est pas contre le fait de remettre la terre aux paysans contre un dédommagement de 4 milliards. Ce n’est pas la mer à boire pour l’Etat. Il doit le faire pour le bien-être des populations », poursuit Zakaria.

Réagissant à ce drame plusieurs caravaniers ont exprimé leur frustration de voir un titre foncier du temps colonial servir encore de base pour exproprier des nationaux. « Les acquisitions de terres sous la colonisation se sont faites par la force et le déni des droits des populations Noires. Il est dommage de voir cette injustice se perpétuer avec ce titre foncier », s’indigne M. Diallo de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN) en Guinée. La caravane promet transmettre les revendications très prochainement au président Macky Sall, lors de la cérémonie de remise du livret de la convergence.

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