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A Ourou, des paysans dépossédés de leurs terres au profit du jatropha

Dupés par une entreprise étrangère qui leur promettait des emplois, les paysans de Ourou ont cédé leurs terres agricoles pour la production du Jatropha, une plante servant à la fabrication d’agrocarburant. L’entreprise ne tient pas parole concernant le versement de l’argent. Les paysans se retrouvent aujourd’hui sans terres, sans nourriture et sans argent.

A Ourou dans la région de Kaolack au Sénégal, les plantations de Jatropha Curcas s’étendent à perte de vue. Jadis absente de la région, le jatropha a été introduit par la société XX dirigée un Italien. Son objectif est de produire de l’agrocarburant destiné à l’exportation en Europe. C’est ainsi qu’en collaboration avec une sénégalaise originaire de la région de Ourou, l’investisseur Italien a réussi à convaincre les paysans de lui céder leurs terres. L’argument utilisé était aussi simple qu’efficace. L’entreprise promettait des emplois aux paysans et de l’argent en compensation. « Ils nous ont promis 20.000F CFA (30 euros) par hectare cédé. De plus, ils nous avaient que nous serions embauchés dans les champs comme manœuvres payés à 45.000F CFA (69euros) le mois. C’était une offre alléchante », balbutie maladroitement, un producteur. L’argument financier était très séduisant aux yeux des paysans. « L’agriculture en zone sahélienne est fortement affectée par les cycles récurrents de sécheresse si bien que le paysan n’est jamais sûr d’avoir un bon rendement. Dans un tel contexte, recevoir de l’argent liquide chaque représente une alternative salutaire », analyse Sidy Ba, membre de la Commission Nationale de la Réforme Foncière.

Appâtés ainsi, les paysans cèdent un a un leurs champs malgré les mises en garde du chef du village. Aujourd’hui, l’investisseur contrôle près d’une centaine hectares sur lesquels il a planté uniquement que du jatropha. L’accord l’investisseur et les paysans stipule une cession sur 50 ans. Une fois La terre obtenue, l’entreprise oublie toutes ses promesses. Désormais sans terres et sans argent, les paysans n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. « On a été trompés. Nous n’avons pas reçu ni argent ni emplois. Nous n’avons plus de terres pour cultiver. Si rien n’est fait, nous allons tous mourir », affirme, un producteur qui préfère garder l’anonymat. Les discussions entamées avec l’entreprise pour récupérer les terres ont tournées court. L’entreprise ne veut rien entendre, laissant les paysans nostalgiques de l’époque où ils étaient propriétaires.

« J’étais contre la cession des terres mais personne ne m’a écouté », regrette le chef du village. A l’époque, au milieu de la décennie 2000, mettre sa terre au service de la production du jatropha n’était pas un acte insensé. C’était tout simplement visionnaire tant le gouvernement de l’ex-président, Abdoulaye Wade, pariait ouvertement sur les agrocarburants pour réduire sa colossale facture énergétique. Plus tard, elle se révèlera être une fausse bonne idée. La plus part des promoteurs du jatropha ont échoué. « L’Italien s’est rendu compte que le programme jatropha était une arnaque politique de Wade. Il cherche désormais à rentrer dans ses fonds. Il loue sa terre à d’autres désireux de produire de l’arachides », révèle Sidy Ba.

Désespérés certains paysans ont choisi la solution extrême. C’est le cas du producteur cité plus haut. L’hivernage dernier, il a coupé tous les plants de jatropha qui étaient dans son champ. « L’hivernage dernier, j’ai coupé tous les pieds de jatropha pour produire des céréales. Personne ne m’a dit quoi que ce soit et j’entends recommencer cette année encore », assure-t-il.

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